Bienvenue !

Bonjour à vous, qui vous intéressez à la philosophie. Sachez que vous pouvez trouver sur ce site, le compte rendu des débats qui ont lieu au Café des Phares (Paris, Place de la Bastille), chaque dimanche de l’année de 11 à 13 heures, et auxquels rien ne vous empêche d’ajouter vos propres commentaires. Par ailleurs, d’autres rubriques sont en mesure de vous aider à vous orienter quant aux activités et autres événements philosophiques de la cité et du monde en général.

François Corbisier, le webmaster.

Le 20 mai 2012, le débat sera animé par Idriss Sankhon.

0 comments

Posted on 14th mai 2012 by Gunter in Uncategorized

Débat du 13 Mai 2012: « A quoi sert le pouvoir ? », animé par Alexandra Ahouandjinou.

3 comments

Posted on 14th mai 2012 by Carlos in Uncategorized

Tandis qu’à Madrid on assistait à une nouvelle épreuve de force de la part des « Indignados », à Moscou, Poutine et Medvedev se préparaient à un nouveau pas de deux afin de garder la toute puissance politique sempiternellement entre leurs mains, alors qu’en France cela venait d’être, selon la tradition, réglé démocratiquement, le 13 Mai 2012 on célébrait à Bruxelles la Journée de l’Europe, c’est-à-dire, le 62ème anniversaire de la déclaration de Schuman qui, invitant les autres pays européens à faire de même, plaçait ipso facto la production franco-allemande de charbon et acier sous une autorité commune (CECA). Au Café des Phares®, en revanche, comme si l’on cherchait « à quoi sert la rate », nous nous sommes demandés « A quoi sert le pouvoir ? », l’étrange question étant posée par Alexandra Ahouandjinou, qui allait nous aider, sans doute, à y voir clair… à tâtons.

Etymologiquement, la puissance étant substantielle, le terme « pouvoir », aussi bien substantif que forme verbale, signifie « la capacité à être et à opérer en vue d’une fin » au sens physique ; au sens moral, ce serait « le droit d’exercer en raison d’une permission », et, au sens politique, l’organisation d’un collectif en législatif, exécutif et judiciaire ayant la compétence d’agir, au besoin par la contrainte. Pourtant, si l’on veut ergoter, disons que, si d’un côté il dérive du latin populaire potere (être capable de), voire « potest» ou « despotês » (« chef » ou « maître de maison »), de l’autre, le grec nous l’assène sous les traits de « Kratos », le premier mortel qui, devenu dieu après avoir tué l’Hydre de Lerne et le titan Chronos, a disséminé l’espoir de par le monde, cela nous autorise à mettre le mot « Pouvoir » en rapport aussi bien avec le devoir que l’autorité, au sens éthique.

Beaucoup de choses ont été dites, à partir de « ça sert à nous imposer ce sujet », par exemple, puis à propos du « sens utilitaire », « de l’ascendant de certains sur d’autres », ou « être au service du publique », ce qui a mis « Socrate dans le jeu en vertu de sa sagesse », « le flic en raison de son pouvoir discrétionnaire », « une alternative à l’intromission divine », le tout allant  même jusqu’au « pouvoir du ‘magasinier’ », qui a rappelé « le magicien » et, par conséquence « la démocratie ». Il y a de la suite dans les idées au Phares et, à la question subsidiaire, le pouvoir « est-ce une fin ou un moyen ? », les avis se sont partagés entre « l’enjeu est le partage » et « la finalité est le pouvoir », le tout et son contraire, c’est-à-dire, « équilibrer et déséquilibrer », mais « toujours un assujettissement institutionnalisé quelque part ; une aliénation donc », quelqu’un ayant conclu enfin : « c’est l’ordre ou le chaos ». L’incontournable Anna Arendt a été évoquée, aussi bien que « la volonté de puissance », « l’indissociabilité de l’identité », « l’autocensure », « le rôle du capitaine du navire », « l’affirmation de soi tributaire de l’écoute », « le courage nécessaire à l’exercice du pouvoir », ainsi que « la responsabilité qui en découle », « le désir de laisser une trace durable », «  le pouvoir vertical opposé à l’horizontal », « l’énergie qui circule », « le ‘non’ de De Gaulle, et le ‘yes’ de Obama », « le rapport de force » et, pourquoi pas, de logorrhée…, puis, le tout finit avec quelques vers de notre fidèle chantre Gilles :

« …pouvoir de conserver… écoute de l’autre… ; pouvoir d’unité, dans la diversité ; rapport de forces, d’énergie, d’esprit… pour le peuple, … par le peuple ; musique concert, musique qui sert… »

« Querer é poder » (« Vouloir c’est pouvoir »), dit-on dans mon pays, comme dans beaucoup d’autres, certainement, ce qui a comme corollaire la devise de Jacques Cœur, l’argentier de Charles VII, « A cœur vaillant rien n’est impossible » (Nil voluntibus arduum). Tombé en disgrâce, il fut pourtant torturé, puis banni, tandis qu’Agnès Sorel, introduite par le marchant auprès de Charles VII, était empoisonnée à la cour en 1456. De nos jours, une nouvelle version de ces temps romantiques de « cœurs vaillants » est devenue le « Toujours prêt ! », devise des « boy scouts », œuvre de Baden-Powell, maître dans « l’art de survivre » des Eclaireurs que l’on peut reconnaître à leur chapeau et leur foulard noué autour du cou.

Disons donc que, s’interrogeant sur le pourquoi et le comment, la philo nous a confronté au Pouvoir, au sens moral aussi bien que logique, nous campant incidemment dans la posture d’un contre-pouvoir, le cas échéant elle s’abstiendrait des affaires de la cité. Or, le Pouvoir est, depuis toujours, un moyen de contrainte pour les uns, mais aussi une sorte d’aphrodisiaque pour d’autres, qui n’ignorent pas les pouvoirs étranges de la fascination des être de passage, à l’air innocent et aux petites ailes, armés d’arc et carquois, comme les dieux Eros ou Cupidon, et autres maîtres de la séduction, capables de mettre, d’une simple pincée, votre petit monde à l’envers. En tous cas, il nous a donné l’occasion de tailler une bavette, au sens de l’aloyau, et à propos de la prochaine visite du président Hollande à la chancelière Angela Merkel, je me suis souvenu du problème de la cuisine allemande ; c’est que, après avoir avalé autant que vous voulez à table, une heure plus tard vous aurez faim de Pouvoir.

Carlos  

Débat du 6 mai 2012 : « Tourner la page », animé par Bernard Benattar.

2 comments

Posted on 7th mai 2012 by Carlos in Comptes-Rendus

Nuit de la plus grande pleine lune de l’année parce que totalement éclairée par le soleil et Jour déterminant pour la République française, dont les citoyens avaient à décider de leur destin pour les cinq années à venir, choisissant, entre Messieurs Hollande et Sarkozy, le plus apte à passer la Grille du Coq de l’Elysée afin d’y gouverner la nation (ce qui à terme s’est soldé par la victoire du premier), voilà que le 6 Mai 2012 fut aussi un dimanche philo au Café des Phares®, où le débat « Tourner la page… », était dirigé par Bernard Benattar.

Vu les circonstances, ça nous pendait au nez mais, à l’oreille, on était sans savoir exactement  si le verbe était à l’infinitif ou à l’impératif, s’il s’agissait de dépit amoureux ou de propos pornographiques, d’écriture ou de lecture. Dès lors, nous avançâmes à tâtons, présumant tout de même, grâce à environ soixante douze interventions, qu’il était question de « pardon, rupture, deuil, création, conversion, espoir, réécriture, imprévu, interprétation, libération, zapping, cicatrisation, désoeuvrement, fuite en avant, pêché originel, réhabilitation, élan vers l’avant, oubli, vigilance, pages interminables, prise de conscience, rouleaux de parchemin, ‘connais-toi toi-même’, ‘deviens ce que tu es’, psychanalyse et simple ‘show’, jusqu’à ce que Gilles nous conseille finalement de ‘changer de blessure plutôt que de pansement,…ici et maintenant… s’arracher au moment,… vers l’émancipation’».

Pour ma part, l’écriture contraignant forcément le scribouillard à prendre un nouveau morceau de papier chaque fois qu’il a noirci le premier, j’ai cru que, dans le sujet, il était question de la prosaïque démarche propre à la lecture d’un livre relié, peu importe lequel. Dès lors, allons-y pour le bouquin et, afin d’être pragmatiques, sachons que le terme « page » désigne bel et bien toutes les feuilles d’un même ouvrage. Celles-ci ont ainsi deux faces : quoique impaire, celle que l’on voit à droite se nome « recto » ou « belle page », parce que vue d’emblée ; dans son dos, au « verso » par conséquent, se trouve celle de gauche, paire donc, et où termine aussi chacun des chapitres, forcément. Mais, encore que « page » indique chacune des feuilles d’un livre, c’est après avoir parcouru le côté droit (impair), qu’afin de poursuivre la lecture le liseur passe à son dos, qui va figurer à gauche et pair. Lorsque l’on change de page, c’est toute la feuille qui se déplace aussi (l’ensemble des pages de droite et de gauche) et non la page (contenu à lire) tout simplement. Tournant la page, on plonge dans l’inconnu, tout en sachant néanmoins, vu le contexte, à peu près où l’on va ; le lecteur ne se sent pas dépaysé, en « terra incognita » ou dans un nouvel univers, quand il change nécessairement la page, afin de poursuivre la lecture et non la stopper, passant à autre chose, comme la doxa (l’opinion) veut l’admettre.

Ainsi, ne sachant donc pas, seul devant mon feuillet et en raison du syndrome de la page blanche, comment m’y prendre pour faire autrement le compte rendu de ce débat, je vous livre, parmi les chansons « Tourner la page » de Jenifer, Flynt, Shy’M, Saïan Supra Crew, etc., la version de Claude Nougaro :

« Il faut tourner la page

Changer de paysage

Toucher l’autre rivage

… Et là, enlacer l’arbre

La colonne de marbre

Il faut tourner la page

Devenir tout simplement

Oh yeah

Il faut faire silence

Sourire ! »

Puis, en raison des circonstances politiques, celle aussi de Saïan Supra Crew :

« Le bas peuple crie (faut tourner la page)

Personne n’entend.

Tout le monde crie (faut tourner la page)

Les militants de la Té-ci

N’apprécient pas les faux récits (non-non) ».

Voilà ! Conscient que tout ça ne mange pas de pain et que l’on peut, à sa guise, aller et venir, voyager ou se perdre dans un livre, je vous soumets un dernier chapitre :

- Chéri, où est passé le bouquin « Comment vivre 100 ans » ?, demandait une femme à son époux, la veille de la visite de sa maman.

- Je l’ai jeté !, dit-il.

- Jeté ? Et pourquoi ?

- Parce que ta mère vient nous visiter demain, et je ne veux pas qu’elle se mette à lire des trucs pareils.

Carlos

Le débat du 29 avril 2012 : « L’esprit est-il l’esclave du corps ? », animé par André Stamberger.

3 comments

Posted on 24th avril 2012 by Gunter in Comptes-Rendus

Débat du 22 Avril 2012: « Peut-on se comprendre ? « , animé par Emmanuel Mousset.

1 comment

Posted on 23rd avril 2012 by Carlos in Comptes-Rendus

Alors que dans le noir de la nuit de samedi il était impossible de s’offrir la nouvelle lune mais l’on pouvait bénéficier par contre, en raison de cette occurrence, du passage aussi éblouissant que spectaculaire des Lyrides, une théorie d’étoiles filantes dont la beauté féerique suppléait au silence Radio ainsi qu’à la cécité Télévisuelle destinés à laisser, depuis minuit, quelques heures de réflexion aux citoyens qui, au cours du premier tour des élections Présidentielles prévues pour le dimanche 22 Avril devaient sortir de leur réserve et aller rejoindre l’isoloir pour désigner leur candidat préféré, Emmanuel Mousset entreprit de proposer au public, assemblé dans le Café des Phares®, le sujet choisi ce même jour, « Peut-on se comprendre ? », pour qu’il en débatte.

Notre pensée se trouvant en permanence face à l’insaisissable, constitué par le mystère des origines et de notre raison d’être, comme habituellement, nous avons procédé par recours au « couper » et « copier » / « coller ». Considérant pourtant qu’il y a néanmoins de la raison dans chaque intervention, mettons la vérité sous le boisseau et voyons ce que chacun nous a approximativement dit. Comprendre c’est :

« ‘Piger’ ; ‘se mettre avec…’ ; ‘…moins difficile que se s’en expliquer soi-même’ ; ‘ce qui se conçoit bien (et) s’énonce clairement (Boileau)’ ; ‘un raccourci entre le mental et l’affect, car on comprend si l’on accepte, par politesse ou n’importe quelle autre raison, or, en a-t-on la capacité ?’ ; ‘De Gaulle qui affirme ‘je vous ai compris’ ; ‘partager avec l’autre’ ; ‘…si l’on se comprend soi-même’ ; ‘estimer quelles sont les clés de la compréhension, au-delà du connais-toi, toi-même, ou de la banalité du mal ’ ; ‘avoir l’intention d’être avec l’autre, totalement différent’ ; ‘une façon de se mettre d’accord avec l’autre, soit faisant appel à la raison, méthode Descartes, ou cherchant à le connaître’ ; ‘comprendre sans accepter forcément’ ; ‘la vie qui n’est pas qu’une rencontre’ ; ‘avoir quelque chose à partager’ ; ‘saisir quelque chose d’incompréhensible’ ; ‘avoir conscience de soi’ ; ‘éprouver de l’empathie’ ; ‘se porter sur l’altérité’ ; puisque ‘les hommes ne comprennent pas bien les femmes, alors que quelque chose les englobe et dépasse’ ; prendre conscience que, ‘basée sur la violence, la société est une guerre pacifique’. Comprendre serait ‘fusion, harmonie, etc.’, ‘accepter que des trains arrivent plus ou moins en retard’, et que ‘le langage puisse être un obstacle’ ; ‘ça renvoie à l’incommensurable problème du ‘soi’ qui se comprend ou ne se comprend pas’, un processus non fixé dans le temps’. La compréhension serait accessible au savoir et aux capacités sensorielles, à l’émetteur/récepteur, aux blocages, une ouverture à d’autres’, ainsi qu’à l’humilité et à la curiosité, ; un ‘retour au patriotique (pathos), à la compassion ou à la patience qui permet de faire un pont avec l’autre’, voire aux ‘difficultés liées à la langue maternelle’, ‘le différent se portant surtout sur l’économie’, ‘les codes qui, faisant partie de l’expérience, agissent sur la vie’, ‘ce qui se passe entre deux ‘ego’’, ‘les blocages terrorisants’ alors que ‘le voyage aide à sortir du sérail’, l’ ‘l’ONU devenant une autre tour de Babel’ ; Etc..

Gilles a ajouté que « ‘Je’ est un autre ; que le plus vrai c’est l’autre, solitaire/solidaire, pour se prendre en main et vivre ensemble ».  

Voilà, voilà…

Peut-être parce que je suis un post-Babélien, personnellement, j’ai le sentiment que non. En effet, tout ce que la science laisse derrière la pensée, les intuitions et les sentiments, sans en maîtriser vraiment les tenants et aboutissants, tels que le doute sur les origines ainsi que la raison d’être et une réflexion sur les problématiques de l’imagination, signification, invention, sens ou finalité, s’avérant elles-mêmes peu fructueuses, parce que mettant notre pensée en permanence devant l’insaisissable, je suppose que l’on ne peut pas se comprendre et qu’il est à espérer que ce soit ainsi, tellement le déconcertant est bénéfique. L’existence étant inventée aussi bien par des tas de mots polysémiques, pas faciles à interpréter, qu’investie par une somme d’instants qui ne coïncident point, je crois que l’on ne peut pas se saisir aisément de l’autre, et que cela est souhaitable, malgré tous les efforts que l’on fait pour que ce ne soit pas comme ça. Par contre, à mon avis, on peut très bien éviter cette maladie du corps qu’est le malentendu, pour s’entendre, car l’existence est inventée par ces mêmes mots et que n’importe qui devient à terme ce qu’il est, une altérité que préconisait Pindare déjà (« deviens ce que tu es »), ou le « tout autre » suggéré par Emmanuel Lévinas.

Pour conclure, je ne résiste pas à vous raconter cette histoire d’émigrants dont l’un s’adresse au guichet de la Banque afin de toucher un chèque :

- Il vous faut l’endosser, dit l’employé.

- Non, on m’a dit que je n’avait rien à faire, juste à empocher l’argent.

- Pas de problème ; vous signez derrière et vous l’aurez.

- Non, non, non. Vous voulez…

- Ecoutez ! Allez voir ça avec mon chef dans le bureau à côté.

Le gars y va, essuie le même refus et, excédé, le chef le cogne avec un cendrier sur la tête, lui ordonnant :

- Mettez là votre nom et basta !!!

- Ok, Ok !!!

Il obtempère, reçoit son dû et, croisant à la sortie un compatriote qui allait encaisser aussi son chèque, lui dit :

- Tiens, un conseil ! Ne va pas au guichet. Va voir le chef directement ; il explique beaucoup mieux !

Carlos

Débat du 15 Avril 2012: « Qu’est-ce qu’un mariage ? », animé par Eric Zernick.

3 comments

Posted on 16th avril 2012 by Carlos in Comptes-Rendus

Sous le signe du Bélier, on se met en boule et tout tourne à la dispute. En effet, les caractères principaux de ce tronçon du Zodiaque sont l’excès de volonté, la provocation, le jusqu’auboutisme, le « Tout, tout de suite sinon je fais un malheur », c’est-à-dire, l’esprit d’incompréhension des casse-cou. C’est certainement le motif pour lequel, le 15 Avril, alors que plus de 400 chiens et chats débarquaient à Paris, dans un même espace (Champerret), pour le Salon des Animaux de Compagnie, le meeting électoral de Sarkozy avait lieu à la Concorde, tandis que celui de son adversaire, Hollande, se déroulait à quatorze stations de Métro plus loin, au Château de Vincennes, l’exemple des 40.000 coureurs qui partaient ensemble de l’arc du Triomphe pour couvrir le long des rues de la capitale les 42,195 km du 36ème Marathon de la ville n’insufflant dans leur esprit que la culture de la « gagne », inscrite dans l’ADN de chacun. D’après le calendrier Maison, au Café des Phares®, c’était Eric Zernick à qui, comme s’il s’agissait d’apaisantes hosties, revenait la charge de distribuer la parole pendant le débat, « Qu’est-ce qu’un mariage ? » et l’animer pendant le temps réglementaire.

Mélangeant ethnologie, anthropologie et sociologie, nous avons obtenu un pot-pourri aussi exotique que déshydraté, dénudé de surcroît de toute capacité d’émouvoir :

« A partir de la liaison amoureuse, bien différente du mariage, on a constaté la différence de traitement (Madame ou Mademoiselle) afin de respecter les normes sociétales qui auraient commencé avec la civilisation Mésopotamienne, faute de quoi on serait menacé d’enfer par les religieux soucieux de consolider une liaison ou engagement, alors que le mariage serait plus que ça et imposerait des obligations réciproques aux contractants, d’après Kant un usage exclusif des parties sexuelles en vue d’avoir des enfants. Puis, nous sommes partis sur le mariage d’intérêt, la prise de risque, l’engagement pour la vie, le fait juridique, le lien de sang entre deux générations successives équivalant à une blessure, comme le voyait Garcia Lorca, l’idée de ‘noce’ ayant disparu, à l’avantage d’autres dénominations, telles que le concubinage ou l’Union Libre (un oxymore), sur lesquels aussi bien Nietzsche que Sartre ont beaucoup écrit.

Ensuite, nous avons rebondi sur la ‘fusion’ assemblage de deux solitudes par Contrat, le contraire d’un Engagement, le mariage étant dès lors un acte commercial avec prise de risque sur une longue durée, du fait d’être établi entre deux êtres qui, ne se connaissant pas, assument une filiation, puis on a essayé de traduire le mot dans d’autres langues et même de faire le calcul du temps à passer ensemble en raison de l’accroissement de l’espérance de vie, enfin un tel mélange d’intérêts, qu’il paraît pure folie de se soumettre à un semblable saut dans l’inconnu, à moins qu’il ne s’agisse d’une protection en vue de la vieillesse, voire un contrat CDI transformé en CDD, Charles Péguy jugeant ‘qu’il faut plus de courage pour rentrer chez soi le soir que pour partir à la guerre’. L’animateur ayant conclut qu’une telle Institution tend à disparaître, en raison de son caractère irréversible et parce qu’elle se trouve au carrefour de différents aspects dont le fait que ‘l’Homme est nomade et la femme sédentaire’, n’est pas le moins négligeable’ ».

Gilles nous a alors gratifié de quelques vers tels que : « D’une liaison au lit,/ durable union d’Homme-Femme en société/ Noce, union qui doit tenir une passion qui ne tient pas/ Mâle a dit le docteur/ Mariage, acte de commerce, promesse femme et ‘marri’/ Projet de vie/ Passer de deux à trois/En fait confiance, en fait méfiance/Famille, je vous hais/ Mariage qui tue, amour qui beugle ».

A part ça, l’amitié étant sous-jacente à tout vivre ensemble, comme origine lexicale de l’union de deux êtres, un mâle et une femelle, à l’élaboration de laquelle ils ne prenaient aucune part, si l’on cherche bien, on trouve dans la mythologie grecque le Mariage, personnifié par Hyménée, chanteur de l’hymne nuptial et affublé d’un flambeau qui lui aurait servi d’arme pour libérer des jeunes vierges attaquées par des pirates. A partir de là, la tradition fait qu’un père marie sa fille à un homme, une action passive qui permet le transfert de la tutelle de lui vers le fiancé, l’amour n’entrant nullement en ligne de compte comme ciment d’une union qui peut être réalisée même « post-mortem ».

De « mas-maris » (le mâle) en latin, Mariage veux dire donc que la protection passe d’un géniteur au futur époux, et que « maritare » ayant le sens de « donner en épousailles », c’est-à-dire, pratiquer des « hyménée, accordailles, alliances », signifie une action passive certes, mais opérante, comme s’il s’agissait d’accorder deux couleurs, ou allier même la vigne avec l’ormeau. Fondant la spécificité hétérosexuelle du mariage, cadre inévitable de la société, c’est de famille donc qu’il s’agit lorsque l’on déblatère sur ce type d’alliance et dès lors, nos représentations puis nos propos à ce sujet deviennent de douteuses redondances, puisque hors mariage, ou toute autre institution primitive du même type, la lignée (ou lien de sang), c’est-à-dire, la famille, disparaîtrait et on jetterait objectivement le bébé avec l’eau du bain.

En effet, à la base d’un système de parenté basé sur la famille on trouve, par le biais du Mariage, une structure autonome composée d’un mari, d’une femme et de leurs enfants, puis des neveux, des cousins, des oncles, des tantes et des grands parents qui, tenant compte des relations entretenues les uns avec les autres, aboutissent à l’unité minimale de parenté ou lien fondamental dans la charpente du genre humain que l’on appelle civilisation, tandis que l’incohérence du « Mariage », dit « gay » (dont il est question dans la planète homo), apparaît, en raison de la moirure obtenue à force de gloser vainement, comme une singerie incongrue  qui ruine ces structures, avant même d’être. Si l’on se reporte aux années post soixante-huitardes, c’est assez cocasse d’observer que le Fhar (Front homosexuel d’action révolutionnaire) contestait le pouvoir patriarcal consacré par le « Mariage hétéro », y voyant un Code Moral passablement suranné, la bête à abattre étant ce conformisme bourgeois anti-libertaire. Moralité : la société est un artifice et, ironie de l’Histoire, aujourd’hui ce sont ces mêmes « homos » qui revendiquent ce constant lien conjugal ; « lorsque l’on se repend on devient presque innocent », dit Sénèque.

Autre chose :

-…Et pourquoi voulez-vous divorcer ?, demandait un juge à une femme :

- Pour compatibilité d’intérêts !

- Comment ça, compatibilité ?

- Moi, j’aime la promenade, la lecture, le cinéma, les hommes…

- Et alors ?

- Mon mari aussi.

Carlos

Débat du 8 Avril 2012: « Réflexions autour de Kandinsky », animé par Claire-Lise Boutinon-Dumas.

1 comment

Posted on 9th avril 2012 by Carlos in Comptes-Rendus

Ah, le débat du Café des Phares® ! Il tombait le 8, jour de Pâques. Ah, le Jour de Pâques ! Il s’agit d’une date festive, qui conditionne pratiquement la vie civile de tout un chacun dans nos contrées, et pourtant, son calcul n’est pas aisé ; il faut remonter à la pleine lune de Mars, date de l’équinoxe de Printemps ou immédiatement après, selon les Almanachs, pour que l’on sache quand est-ce que les adultes ont droit à la bénédiction « urbi et orbi » et les enfants à celui de chercher des œufs dans les pelouses ou le creux des arbres. Il se trouve qu’au vu du Règlement du Bataillon des Phares, le 8 correspondait par ailleurs à la case verte, destinée aux Variétés, dont font partie les œuvres d’art, et de ce fait nous avons été embarqués dans des « Réflexions autour de Kandinsky », que Claire-Lise Boutinon-Dumas (conférencier, chargée de relations publiques auprès des comités d’entreprise, chef de projets et historienne de l’art), s’était proposée de susciter.

C’est ainsi qu’arrivant au Phares, nous nous sommes trouvés devant un drap plissé accroché de guingois devant l’écran TV du fond de la salle, sur les plis duquel l’animatrice a projeté une série de toiles du maître, objet de notre recherche de sens et même d’une certaine spiritualité.  

Il s’agissait de « Bleu sur Bleu », mais ça pouvait très bien être « Blanc sur Blanc », ou « Noir sur Noir », si notre intérêt portait sur Malevitch ou Rodchenko… Enfin, toutes les couleurs du spectre, de la peinture pure (non objective), comme il fut expérimenté par le suprématisme russe dès 1915, ou, pourquoi pas « Draps de traviole sur télé éteinte », « Poubelle débordante, un jour d’hiver », « Plaie de mendiant sur le trottoir », etc. ; « Osez, osez, Joséphine… ».

Etant donné que l’activité dominicale à laquelle nous nous dédions fait davantage appel à notre insatiable logomachie appliquée au malaxage des concepts, je m’attendais plutôt à quelque chose comme une spéculation sur la « Musica callada » de Saint Jean de la Croix, par exemple, mais enfin, allons y donc les yeux ouverts et glosons autour de l’œuvre du russe, qui devint enseignant dès 1923 au Bauhaus (Allemagne), école fermée par les nazis en 1933 parce que considérée comme un « Forum de fous et de Charlatans », et fonda l’art abstrait inspiré des titres de musique, dont la première œuvre, « Composition IV » (1911) était influencée par l’essai « Abstraktion und Einfühlung » d’un jeune historien de l’art, Wilhelm Worringer (1907), se faisant dès lors remarquer par ses motifs simples faits de tâches bleues organisées à l’aide de lignes noires (ligne, point, ligne et point), pratique que le groupe des « Blauer Reiter » (Jawlinsky, Kandinsky, Klee et Feininger)  poursuivit, s’arrogeant le droit de tout oser dans le domaine de la création artistique, considérée comme une puissance dont le but serait de « développer et améliorer l’âme humaine », d’après la maxime « tous les procédés sont sacrés, si intérieurement nécessaires, sinon, ce sont des pêchés ». Ces initiatives ont été suivies de la « Composition V », qui a provoqué un véritable scandale, ce qui aurait pu nous amener à nous demander « Qu’est-ce que l’art ? », « Qu’est-ce que le beau ? », mais, hélas, on ne l’a pas fait, la discussion qui eut lieu ensuite s’étant déroulée donc sous le contrôle de notre émérite communicante, et prenant la tournure que l’on trouve ci-dessous :

« Hegel : ‘la philo abstraite, jamais !’ », « Par rapport à la science, il faut évoquer le concept de ‘Kairos’ (le moment), ‘nombre d’or’, etc. », « Il fallait en sortir de la boucherie de la première guerre mondiale », « Il s’agissait de représenter quelque chose de différent », « Son livre ‘La Perspective’, exprime un temps particulier de l’art abstrait », « Il a compris, regardant ses tableaux à l’envers », « Ça ressemble au ‘Test de Rorschach’, utilisé en psychanalyse », « Il s’agit d’une représentation d’un monde intérieur », « Quel rapport avec Michel Ange et la beauté ? », « On est toujours dans l’art, l’art thérapeutique ou l’art abscons », « Je ne peux pas accéder à un tel Art, si l’on ne m’explique pas », « Il s’agit d’une autre manière de regarder »,

« Il ne faut pas se poser des questions sur l’intention du peintre, mais regarder tout simplement et se faire une opinion personnelle », « On est plus ou moins sensible au jaune, au rouge, etc. et à la beauté ; alors, qu’est-ce que l’art ? Abstrait ou figuratif », « Au café philo on s’explique ; l’art moderne n’est pas représentation, c’est une présence, présence du sacré sans se mettre à genoux ; il touche avant de se donner à comprendre », « L’Art abstrait est l’art de faire du fric ! », « Dans  l’art abstrait, le peintre est devenu lui-même son objet », « J’ai besoin de comprendre pour apprécier », « Il y a là un paradoxe. Pourquoi faut-il comprendre la beauté ? Faudrait-il me mettre en condition pour apprécier ? », « On est dans deux écoles différentes : suprématisme et interaction (présence de l’autre) ». Comment débroussailler l’art figuratif ; « L’art abstrait étant celui qui n’est pas figuratif, l’abstrait est du moderne, du XV/XVI siècles au XXème (art moderne), et le reste est de l’art contemporain ».

« Je préfère, ajouta quelqu’un, rester dans l’abstraction et pas dans l’extraction (l’absence) ; Art, Artiste, Artisan, Artificier, tout ça sont des représentations qui permettent d’ouvrir la fermeture au ‘perceveur’. Dans l’ouverture il y a présence de ce qui reste de l’artiste et c’est par là que l’on communique avec lui, à propos du monde imaginaire de celui qui perçoit, dans la veine de Parménide ; ‘ce qui est, est ; ce qui n’est pas, n’est pas’». « Avant 1789, fut-il ajouté, on était artiste ; depuis l’artiste contemporain est passé au ‘moi’, délaissant son côté universel », « Art et Philo, livrant le même combat, puisque chaque auteur devient Créateur, une posture existentielle ».

Puis, arriva la question pratique : « De quelle manière aborder une œuvre ? Je me fais une idée, ça me parle, ça s’adresse à moi, ça me donne des ouvertures, puis il y a sa musique, son esthétique, et ça induit une fulgurance; la façon d’aborder une œuvre n’est pas si éloignée de ça », en d’autres mots, « l’œuvre porte l’idée comme l’idée porte l’œuvre », de même que pour « les ‘rose-croix’, cercle ésotérique où il faut, soit être saisi, soit porter l’idée » ; « ou tout ça à la fois, plus une présence », puisque « le processus créateur de l’artiste, tel que l’entend Paul Klee,  ressemble à celui d’un démiurge, un ‘credo du créateur’, la genèse en tant que mouvement constituant l’essentiel de l’œuvre », car « nous cherchons tous la même chose ». C’est ainsi que, « procurant l’élément fondamental à mettre en avant, on a trouvé : 1) l’émotion qui nous secoue, devant le spectacle qui se déroule devant nos yeux, puis 2) elle nous invite à agir, mais perd son effet au profit de la photo-couleur, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de peintre ». A ce moment, « la peinture abstraite nous a apporté un plus, car la couleur est un langage, comme dit Paolo Uccello ». Dans la crise de la représentation, nous sommes « revenus à la question de la présence, ‘parousia’ en théologie, un silence porteur de voix (ça nous parle), un vrai travail de ‘déconstatation’, ou la vérité de l’art porteur de voix », « une présence de l’œuvre, correspondance entre elle et moi, du fait d’en être saisi », et que « c’est poétiquement que l’Homme habite le monde, la vie étant elle-même une œuvre d’art ».

Là, il fut remarqué que « l’art a besoin de l’éducation de notre regard ; qu’il faut donc s’y confronter, afin de l’assimiler, avant de pouvoir juger d’une œuvre… car c’est le langage de l’artiste qui nous amène à la comprendre ».

Puis, Gilles mit fin à la mise en scène, clamant : « Et… toile, Kandinsky, sacré prince du présent… ; silence des voix, transcendance des voix ! », incantation qui, en guise de conclusion du débat, fut suivie de l’engagement à, sans s’attarder au tableau, faire vivre l’expérience esthétique, laissant tomber même les livres de philo.

    -Tiens, toi, qui te dis connaisseur en art. Dis-moi le nom d’un peintre Russe qui  commence       par K et finit par N…

    – Bah… Je ne vois pas.

    – Kandinsky, petit con !

 Carlos

Débat du premier Avril 2012 : « Quel sens donner au silence ? », animé par Irène Herpe-Litvin.

2 comments

Posted on 2nd avril 2012 by Carlos in Comptes-Rendus

Le premier Avril fut, cette année de 2012, le jour de tous les anachronismes : Dimanche des rameaux, parce que, chevauchant un simple âne lors de sa rentrée à Jérusalem, le Christ fut reçu comme un roi, des branches de palmes jonchant le sol, et Dimanche des fous, c’est-à-dire, de ceux qui n’acceptent pas la réalité ou la voient autrement, en raison des farces, boutades, menteries et jeux frivoles auxquels le peuple se livre, le Poisson d’Avril en étant une des représentations emblématiques depuis 1564, date à laquelle Charles IX a décidé, par décret, de faire débuter l’année le premier Janvier au lieu de ce jour-là, que la tradition voulait accompagné de bombance et de ripailles. Quoiqu’il en soit, Irène Herpe-Litvin n’a pas hésité à faire de l’éphéméride ce dont elle était chargée, c’est-à-dire, diriger au Café des Phares® le sujet du jour, qui n’était rien d’autre que « Quel sens donner au silence ? », poiscaille dont fut aleviné donc l’étang des Phares.

Très vite, il est devenu clair qu’il ne s’agissait pas du silence des pêcheurs à la ligne, auquel cas il serait nécessaire de prendre un fil correspondant à la grosseur du poisson, un bouchon, des plombs et des hameçons. Non. Le silence à aiguiller devait s’entendre par le calme absolu, dont le paradigme pourrait être, par exemple, « Des pas sur la neige », de Debussy, composition où l’on trouve quelques durées muettes mêlées à ses mesures ou, mieux encore, un morceau de John Cage, intitulé « 4’33’’», une sonate composée de quatre minutes et trente trois secondes de silence, créée par le musicien en 1952, afin de démontrer que le temps constitue une continuelle mélodie et que seule l’absence de sons est intentionnelle, signifiante donc, plus qu’acoustique, les notes ou silences d’une séquence musicale ayant des temps réguliers et constants, exprimés par la notation à l’aide de symboles qui en représentent le moment temporel dans la partition.

Nous sommes ainsi contraints d’admettre que, brisant le silence, dans l’art d’organiser la durée des bruits et d’en combiner les sons pour qu’il y ait de la musique (un sens donc), s’introduit nécessairement un instant muet entre les signes qui les évoquent, et par conséquent pourrait-on peut-être conclure que c’est la néantisation qui permet la création. Dans la portée, ou découpage temporel d’une séquence musicale, entre une note et une autre (un do et un ré, par exemple), il y a effectivement un intervalle, mais pas rien, puisque même un silence musical n’est pas le vide, et plutôt un plein, explicitement marqué par le soupir, un signe de pause de différentes durées.

Ou alors, il n’était pas du tout question de musique et nous nous trouvions plutôt enveloppés dans ce dont nous voulions nous recouvrir, c’est-à-dire, des rideaux de fumée comme dans la scène de théâtre, séquence du film « Mulholland Drive », de David Lynch, où Rebekah del Rio chante « Llorando » et s’évanouit carrément sur scène dans le club « Silencio », alors que la chanson se poursuit. Le plaisir, en effet, ne dure qu’un instant. Or, au Café des Phares, ce sont presque deux heures chaque dimanche à s’échanger des propos plus ou moins pertinents, voire approximatifs. Ça paye, par conséquent.

En avant donc la musique, sans changer la partition, l’important étant plus de connaître la chanson que d’avoir l’oreille musicale.

Il a été alors dit que « le sujet justifiait le dicton ‘ la parole est d’argent, le silence est d’or’», et qu’il « fallait pouvoir parler pour être silencieux », un prof faisant état de « son admiration pour le silence de ses élèves, et ‘à contrario’ pour celui des gens devant la ‘shoah’ », « un silence facile, ajouta quelqu’un d’autre, face à celui d’un arbre qui bruit de ses feuilles », « les cas de conscience », « l’hommage du corps à l’esprit », « une énergie zéro lorsqu’il s’agit du silence face aux horreurs  du Rwanda, par exemple », alors que « l’on peut l’utiliser pour faire mal ou pas », « être positif au cours de la campagne contre le bruit, et négatif lorsque l’on sème la mort », car « qui ne dit mot consent », « le silence ayant toutefois quelque chose d’autre, d’assourdissant, le ‘taire’ nous disant les mots qui n’arrivent pas, parce que secrètement contenus dans la parole, ou exprimés par la musique, ‘temporalité pure’ », « le silence violent dans les relations familiales », en même temps que « quête de liberté », « de responsabilité », « d’hommage dans ‘la minute de silence’ », « silence glacial devant la mort », « les techniques tibétaines pour faire le silence autour de soi », « le yoga », « le silence cosmique qui demande une oreille avertie pour remettre tout à sa juste valeur », un illusionniste étant aussi de la partie, pour « donner deux règles permettant d’arriver à ses fins : 1) garder le silence, 2) se taire lorsqu’il faut le rompre », et « il est à se demander si le silence existe vraiment », si ce n’est que « dans les Musées, comme ce fut le cas d’une femme qui, extasiée devant ‘l’Annonciation à Marie’, de Fra Angelico, a laissé tomber son bébé », puis on revint  « à la burqa, qui empêche les femmes de parler », un autre ajoutant « si elles parlaient ce serait pire », « le mot recueillement n’ayant jamais été prononcé », comme il fut remarqué.

Gilles, notre poète, a fait entendre la musicalité de ses vers : « … nature, culture, attitudes s’opposant au bruit social, silence assourdissant, silence de mort : ‘silence, on tourne, moteur, action’ ».

      - Dis donc, « quel sens peut-on donner au silence ? » 

      – Le sens des aiguilles d’une montre, par exemple.

      – Bah !! Pourquoi faire ?

      – Pour savoir à quelle heure on peut ouvrir sa gueule.

Carlos

Débat du 25 mars 2012: « L’athéisme est-il une croyance comme une autre ? « , animé par Raphaël Prudencio.

1 comment

Posted on 26th mars 2012 by Carlos in Comptes-Rendus

Alors que la population Syrienne continuait d’être bombardée par les troupes de leur président Assad avec la complicité de l’ONU, au terme d’une deuxième « Semaine de l’Industrie », qui prétend inventer le monde de demain, l’Actualité fut plutôt bourrée d’extrêmes violences suscitées par le « tueur au scooter » de Toulouse, Mohamed Merah, un loup solitaire auteur de sept meurtres en moins de huit jours, et culminées par l’action d’une unité du Raid qui, malgré la présomption de son innocence devant la justice, l’a exécuté d’un coup de feu dans la tête, au bout d’un suspens jugé gratifiant sur le plan électoral au point de le faire durer 30 longues heures, au lieu de l’expédier en 30 secondes. Quelques jours après ces troubles, le 25 mars, donc, le peuple du Café des Phares® a eu à s’interroger sur « L’athéisme est-il une croyance comme une autre ? », le sujet qu’a choisi de décortiquer Raphaël Prudencio, un animateur « maison » d’après la couleur du jour du Décret de Mobilisation, mais inconnu au bataillon des réservistes.

Il n’y avait pas là de quoi fouetter un philosophe mais, puisque le savoir ne nous est pas donné, et qu’on le tient plutôt d’autrui, il ne nous reste qu’à croire. C’est ainsi que les enfants croient au père Noël, que deux et deux ça fait quatre, que l’Homme instruit admet le Big-Bang, les sages la vérité, les révolutionnaires la liberté, les savants le savoir scientifique car, si l’on ne croit pas, nous n’avons pas de lieu de repli et sommes toujours exposés à notre propre fragilité, comme un château sur le sable. Mais, ne confondons pas pissenlit et chiendent ; se plaçant dans l’attitude de celui qui, dans son bac, ne s’intéresse qu’à sa pelle et à son seau, l’athéiste remplace le dogme par la certitude et de ce fait, son obédience n’est pas une croyance, tout court. Soyons clairs ; la croyance ne consiste pas à allumer des bougies, ni à brûler des encens devant des autels ou à remplir les temples de cantiques. Par la création d’un « logos », le croyant prétend donner un nom à l’ineffable et une apparence à l’esprit, une audace dont l’athée est incapable, l’athéisme étant un espace vide, comme la particule privative l’indique. Bref, pour le croyant, la foi est un rêve inorganisé mais constant, et chacune de ses prières le mène à se dévoiler, à redresser la conscience et transformer ainsi la réalité. Certes, le fait de croire implique la vulnérabilité du fidèle, mais il l’appelle à la dignité de l’humain, œuvre de l’entendement, et à une contention des appétits primaires qui est bien autre chose que l’affirmation de la sauvagerie ; intuitive et exigeant du sacrifice, la foi assure le fidèle que tout peut être aussi bien révélé que caché, tandis que la logique insinue tout simplement qu’il est sage de déjouer les leurres du désir caméléon. La foi suppose, enfin, des devoirs, et c’est là que le bât blesse car, souffle ravageur de la repoussante médiocrité des fourbes, l’athéiste ne requiert que des droits.

Et pourquoi croit-on, alors, à ce que l’on croit ? Parce que ce que l’on sait est plus lié à nos mots qu’à notre réelle connaissance, l’incertitude de la raison se relâchant tant sur les bégaiements de la philosophie que sur les véhémentes passions de l’Homme ; parlant de sacrifice, là où le soi-disant bon sens suggère invariablement la fuite en avant. Outrecuidante, la philo déshabille les concepts qui, comme des clichés s’émoussent à l’usage et s’estompent dès que surexposés, transformant ainsi tout simplement notre regard sur le réel. D’un côté, si tant est que l’athéisme proclame l’absence d’un Dieu, il admet de facto ce qu’il nie ; de l’autre, puisque nous ne pouvons rien savoir, il ne nous reste qu’à « croire, pour comprendre », comme le dit Saint Augustin « credo ut intelligam ».

Le doute étant suscité donc par l’emploi du mot « croire », notre illustre assemblée devait, dans chaque bréviaire, en disséquer toutes les occurrences, commençant par considérer « qu’il s’agissait-là d’une idéologie liée à l’éducation et que chacun en a sa propre opinion », comme dans une « conversation autour du feu », alors qu’il « était déjà demandé de prouver », « scientifique et pragmatiquement l’existence de Dieu », ce qui fut fait « à l’aide de six arguments », puis d’encore « trois autres, impliquant Auguste Comte », exercices « aussi difficiles que la preuve du contraire », « chaque personne en étant Un », jusqu’à ce que quelqu’un mît en évidence « l’adhésion hors conditions, dès que le concept de Dieu est opérationnel chez les croyants et non croyants », « l’Homme ne pouvant pas vivre sans une transcendance », alors que, « sans confondre religion et foi, chaque philosophe est un fondateur de religion, penser étant bien une prière sans Dieu », « un cerveau suffisant pour cela », « symbolisé par la verticalité de la croix ». On a évoqué ensuite « Montherlant et Dostoïevski qui trouvaient heureux le fait que Dieu existe, pour contraindre les Hommes aux valeurs morales, bien que la preuve revienne à celui qui l’affirme », « Pascal concluant que ‘l’on a bien intérêt à croire’, mais à quoi ça sert, sinon à une fascination pour le mystère ? », d’où « la question sur les idoles que l’on se donne », tout en se demandant « pourquoi les religions existent-elles, alors que celle de Dieu n’a jamais été prouvé ; c’est une faute de goût » qui ne sert « qu’à  pousser les Hommes à faire le bien, même si l’on n’en a pas besoin » et « qu’il met plutôt mal à l’aise », « bien que sans ça, on soit tenus de prendre toute la responsabilité », quelqu’un d’autre opinant « qu’il s’agit-là d’un processus d’apprentissage avant l’autonomie, l’émergence d’une l’intelligence, soit une ‘pensée magique’ en situations de crise, car on a besoin de mythes », d’autres encore comparant Dieu aux « parents, à Internet », « à la psychanalyse », « une illusion nécessaire, semblable au pari de Pascal », tout ça « oubliant que l’on est dans une société laïque », « où le UN est le principe premier », qui a « la fonction d’un GPS », soit : « croire à…, croire que…, croire en…, contre les élites scientistes »…   

Gilles boucla alors le débat, chantant, dans sa poésie : « Dieu est le seul Etre qui, pour régner, n’a pas besoin d’exister… »

Finalement, sachant que seulement 0,0001 %  de tous les accidents ont lieu dans une Eglise, je dirais : n’hésitez pas, allez à la Messe, c’est plus sûr que l’autoroute et vous mériterez le ciel. Mais attention : un billet de 500€ ayant décédé, Dieu l’a placé en enfer, alors qu’il a mis à sa droite une pièce de 20 centimes. Comme le billet se rebiffait contre un tel traitement, indigne au vu de la hiérarchie des valeurs, le Seigneur le sermonna :

-Dis, donc. Quant tu étais sur terre, on ne t’a pas beaucoup vu à l’église !

Carlos

Débat du 18 mars 2012 :  » La fabrication du réel », animé par Pascal Hardy.

1 comment

Posted on 19th mars 2012 by Carlos in Comptes-Rendus

Habituellement, depuis le prématuré et regrettable décès de Marc Sautet le 2 mars 1998, le sujet de la bavette hebdomadaire, au Café des Phares®, a été choisi par l’animateur qui en était chargé, le jour même du débat, parmi une dizaine d’autres propositions, en général des interrogations. Ces moments de réflexion, entrelardés d’autres, conduits par des personnalités indiscutables du milieu intellectuel, se sont donc poursuivis le long des années, dans une logique d’entente entre les six animateurs historiques, jusqu’au moment où, l’été 2011, sous prétexte de « ronronnement », un Nouvel Ordre fut imposé par quelqu’un que, hélas, l’infortune avait temporairement éloigné d’une activité dont la noblesse lui tient à coeur. Or, il se trouve que n’étant pas inclus dans le planning qui établit l’Ordre du Jour du Régiment, de février à novembre 2012, élaboré par lui-même, ni dans le dortoir où patientent les domestiques, dans une soudaine démonstration de caporalisme, Pascal Hardy a décidé d’animer lui-même, le 18 mars 2012, un sujet de son cru, « La fabrication du réel ».

L’auteur du sujet argua que la « réalité » paraissait augmenter avec la création d’événements et serait un critère de vérité, de pair avec la justice, propos auquel on a ajouté le « réel » qui se trouverait chez Platon en dehors de l’idée, ainsi que la « mémoire » et la « perception », tout ça ayant une apparence binaire : « réel » et « irréel », une mutation du premier, à quoi on pourrait ajouter une « meilleure lecture de la réalité comme il survient avec un DVD ou un GPS, l’un permettant de lire, l’autre de se diriger », à la suite de quoi on a évoqué la manière de voir la réalité de Hegel et la méthode pour y arriver, ainsi que l’« Homme augmenté », ou le Robot. A propos de maternité, on a noté la tendance à dire, d’un garçon qui pleure, qu’« il est en colère », et d’une fille, « qu’elle est triste » ; de la réalité, qu’« elle n’est pas ce que l’on dit, mais ce qui est ». Citant Proust : « celui qui lit se lit lui-même », ce qui « peut être insoutenable », allant « jusqu’au déni » et, se tournant vers Socrate : « connais-toi, toi-même ». Elémentaire, mon cher Watson…  On a ajouté que « la fabrication de la réalité commence par une rencontre », « que chacun de nous est un philtre et que la vérité est notre interprétation des événements », puis que « les choses n’étant pas si simples », cela permet de passer de « la réalité est personnelle, le réel scientifique » , à « l’Homme qui n’est pas là mais son œuvre le sera toujours », à « Mona Ozouf, historienne de la Révolution Française » , à « la construction du Cyborg », au « sur-Homme qui travaille 24/24 heures sans se fatiguer » et au « réel versus réalité, dépendant de nos expériences ».

Nous avons cherché à savoir « pourquoi ne pas construire la réalité ? Construire, instruire, charpenter, alors que l’on abolit un ensemble au profit d’un autre avec le suffixe ‘ité’, vis-à-vis d’une finalité qui rend visible le réel de la fin à chaque personne porteuse de sa propre structure d’un concret qui permet d’obtenir une réalité, évitant ainsi le piège de tourner en rond ». On a fini par « se demander si le réel existe dans un monde non permanent qui évolue sans cesse et où nous sommes toujours dans la réalité sans en avoir une perception totale », alors que « le cerveau se construit en permanence ». Un autre participant ajouta que « l’on imagine, on se fait du cinéma, puis on réalise que l’on s’est trompé », le suivant « que l’on se construit une accoutumance sur huit points, besoin, envie, capacité, méthode, ressources, lectures, contrôle, feedback », un autre encore que « depuis Prométhée les Hommes ont constaté que les projets ne marchent pas, d’où les parcs d’attractions type Disneyland, alors qu’il faut savoir où l’on va ». L’auteur du sujet expliqua que « son idée de départ était un proverbe chinois : ‘le chien aboie dès qu’il voit une ombre’, illustré par ce qui se passe avec le marketing, où il s’agit moins de convaincre que de transformer la perception de la réalité qui nous imprègne totalement, comme on le voit dans la fabrication d’un candidat, de la dette, d’un cadre social, politique, etc. , par la modification du principe de réalité, un ‘storytelling’ dont le but est de se créer des besoins, dénoncé par Arthur Koestler lorsqu’il dit que ‘l’on se passionne de plus en plus pour des fragments dont la réalité est de plus en plus minuscule », et Gilles clôt, ensuite la séance avec un de ses vers : « …finalisation du projet, essence de l’existence… »

Enfin ; peut-être parce que l’on était dans la Semaine du Cerveau, voire des Maths, que la Bastille pavoisait pour le meeting de Mélenchon et que l’on fêtait le 14ème Printemps des Poètes, il planait dans l’air l’ambiance sonore des « Temps Modernes » de Charlie Chaplin, de pair avec le barouf de « La fabrique de la réalité », de David Deutsch (1997), où il est question des implications de la mécanique quantique dans la compréhension de la matérialité de chaque chose. Allons y donc pour l’usinage du concret, quoique pour le profane, « fabriquer », consiste à contraindre certaines matières à prendre une forme déterminée, avec le concours de machines ou d’autres instruments appropriés, en atelier ou en usine, afin de produire ainsi des grandes quantités d’objets, alors que, nous précédant, le Réel s’impose de tous temps à nous, même si l’on cesse d’y croire, c’est-à-dire, de le fabriquer dans notre esprit et que, tout compte fait, nous ne sommes pour rien, dans son surgissement. Il a devancé l’Aventure Humaine, et lui subsistera. Singularité de l’Espace et du Temps, d’après les modèles théoriques le Réel se dilate et se refroidit progressivement 380.000 ans après une causalité devenue nécessité.

Le Réel est donc là, pratiquement depuis toujours, représenté par un nombre infini de gigantesques galaxies dont la fabrication ne pourrait se concevoir que par pure génération spontanée, ou l’action d’un Créateur, et point grâce à un simple façonnage d’objets comme il est le cas chez Darty ou Ikéa. Payant de son temps, il nous englobe, prêt à être observé, au demeurant car, comme le Cosmos, notre cerveau est une réalité holographique aussi complexe que le ciel, actuellement scanné par le télescope Planck, de l’Agence Spatiale Européenne, jusqu’à 14 milliards d’années dans le passé. Moralité : contenant toujours une autre à l’intérieur de la première, chaque réalité est autrement plus difficile à fabriquer que notre propre caravane. Et pourtant, elle s’impose à nous, dès que nous cessons de simplement y croire, c’est-à-dire, cessons de la créer dans notre esprit, car il s’agit d’un milieu interstellaire, un gigantesque espace galactique (proche du vide et dont on ne connaît que 5% de l’étendue), qui, se répandant sur des centaines de milliards d’années lumière, nous englobe. Rien ne nous permet donc d’affirmer qu’il est fini ou infini, toutes les observations faites dans ce sens nous venant d’un passé proche du Big-Bang. S’opposant à l’abstrait, à l’imaginaire, à l’illusoire, au possible, et ne constituant qu’une infime partie de l’univers réel qui contient tout ce qui existe y compris l’espace-temps, qui n’a pas de bords, le Réel échappe à chaque raisonnement, et dès lors, nous nous trouvons face à un paradoxe postulant que la fabrication d’une telle grandeur n’implique pas son existence, d’autant plus que le mot « univers » reste à définir ; tout en ayant une taille finie, le Réel aurait une topologie sans frontières, dans une sorte d’ininterrompue bande de Möbius, qui à long terme, dans des dizaines de milliers d’années, se désagrègera pourtant dans un Big-Rip (grand déchirement), alors même que l’expansion de l’univers semble s’accélérer sans cesse et pour toujours.

Conclusion : nous ne pouvons que relativiser et, à ce propos, je vous confie la question qu’un jour me posa un juge :

- Quel est la date de votre anniversaire ?

- Le 19 Mars.

- Quelle année ?

- Tous les ans !

 Carlos